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Situé au sud de la Mauritanie, Fondou est un village d'environ 5000 habitants, riverains du fleuve Sénégal (à 7 Km). Essentiellement éleveurs et agriculteurs, la population est rurale.

Son chef-lieu régional, Aleg à 140 Km vers le nord, lui tourne déjà géographiquement le dos. Fondou est par contre très proche de Kaédi (15 Km), ville équipée d'un aérodrome, administrativement indépendante, d'où part une route goudronnée vers Nouakchott via Fondou.

Si la mise en valeur du fleuve Sénégal permet l'optimisme de la sous-région sur le plan de l'allocation des ressources par les pouvoirs publics, le village bénéficie d'une portion congrue. Seule l'affectation d'un instituteur tout aussi incertaine qu'intermittente est à noter. L'école et le dispensaire sont à mettre à l'actif des populations.

 
 

Le village > Situation

  Associations, assemblées du village et les ressortissants dans les grandes métropoples, notamment en Europe, coordonnent des actions de développement. Les progrès sont majeurs, compte tenu de nos moyens limités. Conscients par ailleurs que les organisations gouvernementales et autres instances internationales d'aide au développement constituent des acteurs privilégiés, le village tente d'y porter ses projets. Nous nous reconnaissons dans les conclusions d'un récent rapport de l'Observatoire de la Coopération Française (1996) : en associant activement les populations destinataires, l'aide au développement aurait plus de chance de se concrétiser. Encore faut-il que les projets aillent à leur rencontre.

Le village > carte d'identité de Fondou

 

Le village de Fondou se trouve, sur le plan continental, à l'intersection entre l'Afrique noire et le Maghreb, c'est-à-dire au sud du Sahara. Donc en Afrique noire.

Pays
- République Islamique de Mauritanie. C'est en 1902 seulement que le gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française, Roume, qui avait chargé Coppolani, auteur d'un projet de constitution d'une "Mauritanie Occidentale" en 1899, que ce pays est administrativement constitué, en englobant plus tard le village de Fondou, séculaire, dans sa détermination à la sédentarité. En effet, dans la détermination de l'occupation de l'espace mauritanien, il y a aussi bien des raison climatiques que technologiques ou politiques. Aussi les agriculteurs-éleveurs de Fondou se sédentarisèrent naturellement au sud, loin des structures et relièfs qui délimitent les régions litorales, parce que l'agriculture qu'ils pratiquent les a éternellement fixés.

  

Détermination administrative

 

 

Longtemps attaché au mode de production agro-pastoral, Fondou n'a pas su s'inscrire dans le courant moderniste qui suivit l'ère colonial et, ensuite, encore moins des mutations des premières années de l'indépendance. C'est ainsi que l'école fut rejetée avant qu'elle ne soit imposée par les pouvoirs publics ensuite. D'où son retard sur la formation des cadres, qui explique son rattachement administratif à d'autres entités des communes rurales du département de M'Bagne.

Pourtant, à l'heure des institutions démocratiques, Fondou se prévaut de la majorité des villages (Lewé, Belel, Gawdé, voire Athène et Wiloum Hatar), ensemble de villages qui se sont, au gré des transhumances, autonomisés petit à petit, et demeurent toujours fortement apparentés à lui selon des origines plus ou moins lointaines, constituant ainsi donc une force non négligeable, dans l'expression du suffrage universel. Qui plus est les liens de parenté demeurent prépondérants. Ce qui confère à Fondou, quel que fut son régime administratif, une place de choix concernant les affaires de la cité.
  Le village > économie  
  Activités économiques - En dépit des grandes activités commerciales que furent le commerce transsaharien qui le traversa, le trafic avec le fleuve Sénégal, les établissements européens à Saint-Louis, jusqu'au siècle dernier, à l'instar du reste du Fouta, le village de Fondou n'a pas développé une activité comerciale. L'économie de la vallée était une économie fermée, et les paysans plutôt tournés vers la terre (propriété inaliénable) n'étaient pas les maîtres du circuit.

Le Walo, épine dorsale de l'économie
- La vallée du fleuve donne lieu à une intense activité productive au moment des décrues. En effet, les terres du Walo, qui permettent différents types de cultures, constituent la principale activité agricole des populations du village. Aux immenses terres principales, dites kolaade (singulier, kolangal), qui constituent le Walo par excellence, viennent s'ajouter, en même temps que d'autres niveaux de cultures annexes de haricots, pastèques et oseilles de Guinée, les champs de Diéri.

Le cycle agricole de Diéri
- Dans la moyenne vallée, à la hauteur de Fondou, la saison agricole débute vers le mois de juillet, au moment des premières pluies importantes, avec la culture de Diéri. C'est l'hivernage. La période de soudure la séparant de la culture du Walo est relativement de courte durée, trois mois.
Les terres de Diéri se distinguent essentiellement par les terrains sableux et très meubles (seeno) et les sols noirs argileux, qui, contrairement à ceux plus secs dits haraawo, sont réputés plus fertiles. L'espace n'est pas pour autant disputé, car il est d'une superficie inépuisable pour l'agriculture vivrière que l'on y pratique.
On y cultive principalement du petit mil et d'autres produits secondaires tels que haricots, pastèques ou oseille de Guinée (follere). Autant de production locale qui fut à la base des mets substantiels du Fouta autosuffisant des générations précédentes.
Le grand problème de cette économie naturelle est bien celui de la nature. Même si la pluie est au rendez-vous, le semis est toujours à la merci d'un cataclysme imprévisible. Du criquet pélerin aux vents cycloniques en passant par les oiseaux granivores et autres feux de brousse, les paysans de Fondu si rudement habitués aux dures conditions de labeur, savent faire face aux risques prévisibles, en s'organisant par exemple pour lutter collectivement contres les oiseaux granivores à la tombée de la nuit, les empêchant ainsi de regagner leurs nids. Quel acharnement ! Quand aux autres phénomènes naturels imprévisibles, il prie. Mais si l'agriculture vivrière, que tout le monde pratique, est toujours si rudimentaire, c'est essentiellement dû à la non maîtrise des techniques et de leurs évolutions. Malgré la relative abondance des animaux domestiques, la charrue y est peu introduite.

L'élevage
- La quasi totalité de la population du village ne reçoit ni salaire ni aide de l'état, vit sans monnaie ou presque, de l'autoconsommation et du troc. C'est dire que l'élevage y est une des activités dominantes. Mais la sécheresse, qui décime les troupeaux, ne fait que reculer le temps où les plus riches propriétaires peuls possédaient jusqu'à plus de cent bovins. Aujourd'hui, les familles ayant quelques têtes mettent leur bétail en commun et embauchent un berger collectif. Ce dernier est généralement rémunéré en nature.

L'artisanat
- Si la vache est signe de prestige pour l'agriculteur-éleveur, d'autres catégories dépendent pourtant de lui pour pratiquer une activité non moins utile socialement. Au même titre que le bois et le fer, le cuir est en effet très utilisé par les artisans. Ici, plus que partout ailleurs,rien ne se perd, tout se transforme. Ce sont les cordonniers qui transforment cette matière première selon un processus de fabrication tout aussi long que minutieux. Il a fallu tanner, fabriquer une couleur avec une solution chimique qui se compose d'éléments variés comme la gomme arabique, ou faire brûler de l'étoupe végétale pour faire une encre jaune par exemple. Le charbon de l'acacia blanc, ou faux gommier, était très apprécié dans cette fabrique.

Le tissage et la poterie - Si le tissage est en voie de disparition (les tisserands n'éxercent plus que dans les grandes villes), la poterie demeure encore le seul moyen principal d'avoir des canaris. On fabrique de beaux canaris pour l'eau ou pour servir de vases à grains, parfois décorés d'arabesques bleues et blanches. Les potiers font aussi des fourneaux, des marmites, des brûle-parfum très originaux avec couvercles, des petits pots de toutes tailles, les encensoirs que les femmes rivalisent la collection pour brûler leurs fameux produits exotiques sur des charbons incandescents.

Le forgeron et le bijoutier
- A l'image de son monde traditionnel, l'atelier du forgeron est aussi simple qu'utile (à la communauté). Généralement, il se suffit d(une natte pour s'asseoir dessus et un trou pour les braises que chauffent des soufflets en peau de bouc ; son herminette et ses outils, l'enclume, le fer à souder, pinces, marteaux, limes, etc..., le tout avec un coffret pour les ranger, car la plupart du temps, la forge n'est qu'un simple hangar. Il fabrique encore la majeure partie des outils qu'il utilise, malgré une importation grandissante.

Si le forgeron remplit une fonction sociale de premier ordre pour ce milieu dont les moyens de production demeurent encore rudimentaires, l'orfèvre excelle lui dans la parure. L'or et l'argent, métaux précieux qu'il transforme, nécessitent de la méticulosité. Aussi a-t-il inventé des appareils adaptés. Par exemple, pour obtenir des fils d'or en miniature, nécessaires à la confection de plusieurs modèles de joaillerie, on passe le morceau d'or initial à travers plusieurs trous de plus en plus petits, pratiqués dans une plaque de fer.

Son climat et sa géographie
- Ces hommes perpetuent des pratiques ancestrales dans une contrée où ils se sont sédentarisés au gré des conditions climatiques et géographiques. Les géographes distinguent en gros trois types de climats, en allant du sud vers le nord du pays. Le climat soudano-sahélien caractérise ainsi la sous-région de Fondou, dominée par l'alizé nord, ou sa variante, l'harmattan. Il reçoit en été le flux humide de l'alizé sud, détourné. La faiblesse de la pluviométrie, due en grande partie au climat non clément, a poussé la population de Fondou, qui à l'exode, qui à l'emmigration. Nombreux dans les grandes métropoles occidentales, ses ressortissants s'organisent en associations pour faire face aux défis quotidiens du village.

Le temps des incertitudes
- Longtemps habituée à la monoculture, la population agro-pastorale de Fondou ne peut pourtant pas échapper au défi de la modernisation de sa production. La gestion et l'exploitation des barrages de Manantali, qui contient seize milliards de mètres cubes, et de Diama, préfigure déjà la logique productive des économies de marché. Les cultivateurs espèrent que le capital financier n'est pas qu'un visiteur du soir qui ne vient que qand tout, y compris l'extraversion de l'ancien mode de production, est en place. Mais d'un autre coté, avec l'approfondissement des eaux du fleuve et leur régularisation par les barrages, c'est une perspective de développement de la sous-région qui s'ouvre. Or dans ce contexte de mutation les paysans doivent être associés au plus haut niveau de conception et d'élaboration des plans d'exploitation de leur patrimoine. Nous vivons dans un monde de plus en plus interdépendant, et certaines urgences méritent d'être criées au sommet du monde.
 



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